Aujourd’hui, 8h, réveil un peu difficile, il faut dire que nous nous sommes endormis à 2h du matin. Nous profitons d’avoir accès à internet et à l’électricité pour vous donner régulièrement des nouvelles, il n’est pas du tout sûr que ce soit aussi aisé dans les semaines à venir. J’écoute la B.O. d’Into the Wild (Mica…).
Lorsque nous nous sommes levés, hier, nous avions un peu de mal à croire qu’il ne s’agissait que de notre deuxième nuit. Sans passer plus vite, le temps semble ici plus dense. Rempli de découvertes perpétuelles, il acquiert une intensité nouvelle, difficile à exprimer. C’est le 14 Mai, il est déjà 13h lorsque nous émergeons. Il avait été décidé que le voyage d’une trentaine d’heure méritait un repos substantiel. Au programme aujourd’hui : Ambassade, Musée National, rencontre avec un français vivant an Népal pour quelques mois. Départ vers l’ambassade. On a faim. Nous traversons Thamel, quartier pour occidentaux, cherchons longtemps le restaurant indiqué par le routard. Finalement, un guide de trek, rencontré hier, croisé ce matin, surgit de nouveau et nous oriente vers un petit resto. Comment fait-il pour se trouver toujours prêt de nous ? Nous le suspectons de nous suivre. Après un rapide coup d’œil, nous rentrons dans le boui boui, dit « le Yéti ». Nous avons l’impression qu’avec Katmandou, Annapurna et Yéti, il est possible de composer 80% des noms des échoppes et commerces de la ville. Nous nous installons, commandons, mangeons, 230 roupies, soit 2,3 euros pour le repas. C’était bon, peut être légèrement réchauffé et très peu épicé. Nos langues nous sont reconnaissantes pour ce choix judicieux. Il faut dire que la veille, Amandine a pris une soupe qui, je pense, lui pique encore le nez maintenant. Il est temps de rejoindre l’ambassade. Nous nous sentons bien dans cette ville, son agitation continue s’accompagne d’une douceur de vivre peu commune. Tout le monde est calme, personne ne s’énerve. Les rues ne sont pas paisibles pour autant, le code de la route tient semble-t-il en un mot ici : klaxon. Nous nous dirigeons vers le nord-ouest de la ville, nous nous repérons bien désormais et parvenons à circuler facilement vers notre objectif. Heureusement toutefois que nous sommes dotés d’une boussole et d’une carte car ici, les noms de rues ne sont pas de mises. Arrivée à 15h à l’ambassade, fermée, demi-tour, direction Musée National. Nous regardons comment nous y rendre, ça ferme à 16h30, il est trop tard. Voilà deux tiers des objectifs du jour qui passent à la trappe. On procrastine. Nous rejoignons le centre ville, déambulation extatique. Des regards, des maisons, des temples, des odeurs, tout se mélange. Nous sommes aspirés par le rythme du voyage et commençons à perdre pied. Quel jour sommes nous déjà ? Ah, oui. Nous sortons du quartier pour touristes, c’est une délivrance. Nous découvrons le vrai Kathmandu, ses temples cachés, sa vie débordante, ses rues étroites, son encens. Tient ! Nous voilà dans un grand axe. Mais où sommes-nous au fait ? Où plutôt, ou voulions nous aller ? Nous avons oublié, nous retournons vers le ventre par un autre chemin. Amandine tente un donuts local, damned, il y a de la crème dedans, c’est déconseillé, elle mange tout. J’écoute la B.O. du grand bleu. Nous continuons notre route quand, à droite, une entrée vers un temple de la consommation nous happe. Nous sommes attirés comme des mouches. Tout est propre, nous croisons les premières poubelles depuis notre arrivée. Un nain avec un chapeau publicitaire déambule. Comment ? Un nain publicitaire? Ok. Cet endroit est filtré par un garde, nous nous en apercevons après coup. Effectivement, on ne croise ici que la jeunesse dorée de Kathmandu, du Népal même. Tong à 22 euros. Premier étage, deuxième étage, troisième étage. Magasins, consommation, objets, frustrations. La pollution est invisible ici, tout brille, tout est clinquant. Le vrai monde est à l’extérieur. Notre occident est à l’image de ce lieu, toute cette « beauté » est le fruit de l’activité de la ruche, dehors, au milieu des déchets, qui lutte contre la misère. Qui s’en préoccupe vraiment ? Est-la faute de quelqu’un ? Dove, Reebok, Nike, tous amis sont ici réunis. Nous accédons au dernier étage. Choc. Nous sommes en fait sur la toiture-terrasse du bâtiment. C’est calme, il n’y a personne, c’est grand, peut être 50 mètres sur 30. Pourquoi personnes ne vient ici ? La vue sur la cité royale est incroyable. La fin de l’après midi tamise l’atmosphère d’une lumière orangée, rythmée par les formes des nuages. On respire mieux. Pose photos, pose repos. Demi-tour, notre chemin d’accès est cadenacé, comment sortir ? Nous trouvons, partons, direction Durbar Square. C’est aussi beau qu’hier. Nous retournons au même endroit prendre un verre, sur une terrasse, quatrième étage, dominant la place aux éléphants du roi. De l’ancien roi à vrai dire, car le Népal est une démocratie depuis 2008, après que le jeune fils du roi, 12 ans, ne tue toute la famille royale avant de retourner l’arme contre lui, version officielle. La nuit tombe. Soudain, des cris retentissent, que se passe-t-il ? Des gens courent en bas ? Des cols blancs ? Non, des policiers, qui fuient quelques énervés munis de bâtons. Des policiers qui fuient ? Ils traversent la place d’est en ouest et disparaissent par là où nous sommes arrivés. Une sirène retentit, les mêmes courent de nouveaux, mais dans l’autre sens, les policiers sont ragaillardis, secondés par leur véhicule hurleur. Nous demandons ce qui se passe, nous sommes des touristes, on nous répond qu’il ne se passe rien de spécial. Une minute après, les véhicules envahissent la place, il semblerait que la population se soit emportée face à la police de la circulation, qui empêche l’accès de la place aux engins motorisés tant que les touristes déambulent. Nous partons pour rejoindre le restaurant où retrouver Antoine, l’expatrié passager. Lorsque la nuit tombe à Kathmandu, le ciel ne s’éclaire pas. Il s’avère que les lampadaires sont d’apparats car aucun ne s’allume. Seuls les phares des motos éclairent les rues et ses nombreux chalands. L’ambiance est irréelle, nous n’avons jamais vus une ville sous cet angle, dans le noir, véritablement. C’est grisant, inquiétant, nous accélérons le pas. Retour à la case départ, quartier touristique, le moins attractif finalement, naturellement. Antoine nous rejoint, mais est très occupé à accueillir une couchsurfeuse… Nous passons dans un restaurant à coté, pizza et pâtes au menu, ça ne nous manquait pas, pas encore. Je regrette le Katsudan proposés dans notre premier hôtel. Maxime, compagnon de fortune d’Antoine, vient causer un peu avec nous. Nous partons, moment improbable, un touriste nous rattrape, Maxime a perdu sa sacoche avec tout ses papiers et tout son argent… Nous allons dans un bar dit « le Reggae ». La musique d’un groupe de Rock amateur local nous accueille. Ils se débrouillent. Direction la terasse, on cause, Antoine projette de vendre des graines (…), deux compères voyageurs s’assoient à notre table, Kathmandu s’endort, nous partons.
Qu’avons-nous appris aujourd’hui ? Deux mots : Danyabat (merci) et Malai Chahina (Je n’en ai pas besoin). Avec Namaste, nous avons le vocabulaire suffisant pour la majorité de nos échanges, pour l’instant. Notre accent français fait sourire les indigènes, toutefois ravis de nos efforts maladroits. Nous avons trouvé où acheter un peu de linge, ce qui n’est pas évident et surtout, nous avons découvert qu’il y a de la monnaie. Nous pensions que tout réglait en billets. Nous fonctionnions avec des dépenses d’un facteur 10. Mais cela reste si peu cher…
Ah oui, j’oubliais, Amandine a commencé à rédiger un texte. Elle l’achèvera quand j’arrêterai de lui piquer l’ordi. N’hésitez pas à réclamer avec ardeurs ses écrits, elle sera ravie !
Merci !
RépondreSupprimerLes mots me manquent ...
Et surprise ! des larmes à la place ...
Les mots me manquent ... pour dire comme tes mots me touchent et me rendent l'Inde,
ces tout petits 10 jours passés en Inde il y a 10 ans, qui ont ouvert en moi une brèche, un chemin ineffaçable, un univers..
Je lis votre soirée, cette poésie de la nuit et de la rue.
Et je me souviens soudain que j'ai toujours rêvé de faire ce que vous faites en ce moment... ça doit être ça les larmes ...
Mais ... ce n'est peut-être pas trop tard ...
Nouvelles d'ici, d'un monde à l'autre, le même ?
J'ai passé hier la soirée à la friche RVI, avenue Lacassagne, avec les marcheurs-travailleurs "sans-papiers", partis de Paris le 1er mai, direction de Nice pour le sommet des chefs d'Etats africains.
D'abord passé devant deux fois avant d'être sûre que c'était bien le lieu ..
Mise en erreur par les premières personnes auprès de qui je me renseigne. Presque apeurés par ma question. Eux ils ne font que venir récupérer leur voiture sur ce parking sauvage. Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre cet espace vague, envahi d'herbes folles et de caravanes louches, sous la surveillance en arrière-fond d'une grosse masse rouillée, je-ne-sais-quoi désaffecté, sans nom.
Pourtant les fils électriques qui sinuent le terrain et l'arrivée d'eau piratée m'indiquent que je suis au bon endroit.
Mais l'applomb de ces gens bien propres me met brièvement dans le doute.
Petit tour de velo'v suppléentaire jusqu'à la priochaine borne. Vérification des numéros. Je suis sûre que c'était là ! J'y retourne. Traverse le terrain vague-parking. Au fond,une grille. Derrière dans l'obscurité, je perçois des mouvements, je décèle des présences, une petite loupiotte. Dans le noir, ma voix : "On entre par où ?"
Des rires me répondent : "Par la porte !"
Je commence à voir à qui je parle ....
Je découvre un autre univers ...
"La projection c'est à droite, le repas se termine à gauche. Dommage, t'as raté le débat."
"Où est-ce que je peux déposer ce que j'ai apporté pour les marcheurs ?"
On me guide, j'avance dans un grand hangar sombre peuplé de fauteuils.
Au réfectoire, un marcheur me sert une énorme assiette de riz au poulet délicieux. Je dépose mes offrandes sur la table (abricots secs, gâteaux, chocolat).
Belle ambiance. Détente, déambulations tranquilles. Beaucoup de rire !! Des langues inconnues. Beauté. Rires, rires, musique, dans cet endroit étrange et magique. Poésie de la vieille tôle et du tag à la peau mêlés. Beau moment irréel. Là aussi, une nuit que n'éclaire que le projecteur du film de voyage (2 jeunes cinéastes accompagnent la marche et la chroniquent). Obscurité ponctuée, illuminée de rires et de mains tendues pour aider à trouver son chemin parmi le labyrinthe hospitalier de vieux caddies, poutrelles, oeuvres énigmatiques, fauteuils disparates et profonds venus finir ici leur vie ... Comme un voyage sous la mer avec de grands africains très noirs, très beaux et très prévenants (oui, c'est un cliché, mais c'est comme ça) comme guides, dans les entrailles de ce navire échoué, enfoui aux confins parallèles de la ville ... Autre dimension ...
Les écrits D'Amandine , les écrits D'Amandine !!!
RépondreSupprimerC'est magnifique, on a peu l'impression de voyager avec vous. Dans ton récit manu , on a l'impression que Katmandu est une petite ville, à taille vraiment humaine, est-ce le cas ?
Merci pour ce beau Blog , bisous
Merci pour ce récit... anonyme.
RépondreSupprimerOui Simon, une ville à taille humaine mais géante en même temps. Amandine va te raconter ça!
C'est superbement écrit !! On s'y croirait ! Merci de si bien retranscrire l'atmosphère de cette ville !
RépondreSupprimerJ'attend avec impatience les écrits d'Amandine !
Bisous !!
J'ignorai tes talents d'écrivains, un brin poète.
RépondreSupprimerEn te lisant je me demande jusqu'où te conduira ce grand plongeon dans cette société si éloignée de la notre et en même temps si proche de tes valeurs...?
Aujourd'hui Nous sommes allés avec Isabelle à Manosque. Elle y a couru son premier semi-marathon, en 2h05...facile.
De retour à la maison je viens de te lire et me demande déjà combien de temps je vais résister avant de prendre ta direction pour fuir la somme des médiocrités de notre civilisation occidentale...
Je vous embrasse
Papa
J'espère que tu arriveras à nous donner des nouvelles aussi régulièrement ! Il ne manque plus que les photos pour avoir l'impression d'être à vos cotés :-)
RépondreSupprimerPS : Je réclame avec ardeurs le récit d'Amandine !!!
Bonjour à vous deux ! Bien écrit et bien vécu ce début de voyage. Je suis content pour vous, et fier aussi de connaître deux explorateurs. On attend la version Amandine. Ici le ciel est blanc, Co a terminé son stage mais elle ne rentre pas avant Jeudi. J'ai vraiment de hâte de vous retrouver. Je vous embrasse très fort, Mika
RépondreSupprimerEncore un petit message pour te dire que tu es désormais une célébrité ! En effet tu as été cité dans le cycle des conférences tenus à Strasbourg sur les éco-quartiers !! Pour ta définition de la mixité fonctionnelle contemporaine (citation tiré de ton blog).
RépondreSupprimersalut les baroudeurs du monde. Manu, ta prose est magnifique et j'ai l'impression de ressentir tout ce que tu nous racontes. Merci merci merci. Par contre, laisse un peu la place à Amandine!!!
RépondreSupprimerBonjour,
RépondreSupprimerJe ne suis pas vraiment "anonyme" ... je suis Sandrine Delanoë, du groupe "quartier mazagran". Mais tellement nulle avec l'informatique que je n'ai pas réussi à publier sous une autre rubrique qu'"anonyme" (et après pas mal d'essais infructueux !!)
j'espère que votre voyage se poursuit avec bonheur. J'ai hâte de vous lire !
Alors, les écrits d'Amandine !!?