dimanche 1 août 2010

Bali, c'est fini...

Après le départ des filles, nous sommes restés une semaine de plus à Bali plutôt que de partir à Lombok. Cette île est tellement belle et agréable qu'il nous est difficile de la quitter si vite... Nous sommes donc passé de nouveau à Ubud, coeur artistique d'une île dont les habitants ont développé un sens esthétique de chaque instant, de chaque élément. Sculpture, danse, peinture, tissus, c'est un plaisir continu que de se perdre dans un dédale de créations plus fantastiques les unes que les autres. 

Nous traversons les paysages rythmés par les rizières, les dizaines de cerf volants animés par des enfants hilares et sommes bercés soir après soir par l'embrasement des ciels couchants. Nous rejoignons Permutaran, un parc naturel qui a su protéger ses fonds marins, fait exceptionnel. Amis plongeurs, n'hésitez plus! Nous décidons de partir pour une journée de découverte du pays de poséïdon. Le bateau nous promène sur des eaux calmes, cernés par des terres de végétaion luxuriante et avec pour horizon les silhouettes de volcans plus imposants les uns que les autres. Nous croisons un voilier qui réveille des rêves nouveaux, et si nous voguions à travers les océans pur découvrir le monde? 
C'est le moment. Masque, palmes, bouteilles, ceinture de plomb, appareil photo, on s'agite, se bouscule, on tente de garder l'équilibre dans un bateau agité par les mouvements saccadés de tous ses passagers, ça râle, ça s'inquiète, ça glisse, on enfile les combinaisons, c'est le bazar et puis soudain, on plonge. 

Le silence. Seul le balancement de coraux mous gigantesques bercent nos émotions. Les poissons et autres créatures marines ignorent superbement notre équipe venue d'un autre monde. Compressés par notre combinaison et par la pression de l'eau, nous écoutons attentivement les battements de notre cour et la régularité de notre respiration. Transportés dans un univers où la gravité a disparue, nous volons éclairés par les rayons striés issus de la fusion du soleil et des vaguelettes de la surface. Calme et sérénité sont les maîtres mots d'un milieu de vie qui ne cesse de nous fasciner. Les formes et les couleurs du vivant sont un étonnement, un ravissement de chaque instant. Nous passerons nos niveaux de plongés à notre retour, c'est décidé. 

Il est néanmoins temps de quitter Bali, Java nous appelle. Sur le Ferry qui sépare les deux îles, nous rencontrons un couple de baroudeurs, comme nous, mais qui eux profitent de leur cinquantaine pour partir deux ans. Ils nous racontent leur histoire avec la simplicité des personnes qui croient au destin. C'est rassurant et apaisant. Amandine espère leur ressembler plus tard, j'espère quant à moi percer un jour le dessein de mon destin. 

Nous posons de nouveau les pieds sur la terre de Java avec une pointe de tristesse, nous avons déjà la nostalgie de Bali. Nous rejoignons Jakarta en deux trains pour un total de 72 heures. Les paysages défilent et il y a ces instants où le train suit de tellement près le bord de mer qu'il nous semble rouler sur l'eau. Les images du voyages de Chihiro me reviennent, ai-je été aspiré dans le monde des esprits? C'est le soir, il fait nuit, nous voilà arrivé dans la capitale, sans savoir exactement pourquoi, Java génère chez nous un malaise, nous ne nous y sentons pas bien. Nous trouvons une place dans une guesthouse, douteuse, et partons manger. Que faison nous ici? Et puis, nos regards croisent les têtes connues, mais comment cela serait-il possible? Et pourtant! Nous nous reconnaissons, il s'agit de Laetitia et Celestin. La coincidence est assez stupéfiante. Nous les avions rencontrés un mois plutôt, aux abords de la jungle malaysienne, avant de nous perdre malencontreusement de vue. Si nous avons entre temps parcourus l'Indonésie, eux reviennent d'un séjour de quelques semaines en France. Nous voilà au même instant, au même endroit, plusieurs milliers de kilomètres plus tard chacun. Quand on dit que le monde est petit. C'est avec appétit que nous les rejoignons pour manger et avec plaisir que nous décidons de visiter la ville le lendemain. La nuit passe. Nous petits déjeunons à coté deux deux backpackeuses lamentablement endormies sur les fauteuils du restaurants. Tout le monde n'a pas eu autant de chance que nous hier soir... Nous ne savons pas pas si la ballade en ville est plus dangereuse où désagréable que l'inverse. C'est une ville saturée de bagnoles où il semble que la chasse aux piétons soit ouverte. Vous retrouvez sur l'urbanisme à Jakarta un excellent article, que je vous invite à lire, diffuser, partager sur facebook et à commenter ici: http://quartierdurable.blogspot.com/2010/08/quand-jakarta-jardine.html ;-) 
Toutefois, une heureuse surprise nous attendra dans le vieux quartier des bâtiments coloniaux hollandais. Au détour d'une rue (il semble que ce type d'évènement se déroule toujours « au détour d'une rue »), nous apercevons une vieille bâtisse, ouverte aux quatre vents, que nous décidons d'explorer. L'endroit, immense, plus où moins squatté, a probablement été une école où en tout cas un établissement destiné au public. Sur plusieurs étages, lumineux, en bois sculptés et composés de vastes pièces, cette structure affole notre imagination d'entrepreneurs. Et si nous faisions une guesthouse géante, avec un espace culturel, un lieu pour les citoyens, quelques logements, il ferait bon vivre ici. Un couple de mariés prend la pause à la lumière végétale qui traverse les vieux vitraux et carreaux cassés. Nous sommes priés de quitter les lieux par un « résident » qui voient nos yeux avides de capitalistes devant une perle en voie de disparition... Nous avons perdu un projet, mais gagné un rêve. 

Sur cette découverte, nous quittons nos nouveaux amis qui s'apprêtent après l'Indonésie à gagner l'Australie. Toutes ces destinations semblent magiques, comme celle de l'Europe l'est pour les habitants de ce coin du monde... Nous repartons en ville. Il me faut quelques informations pour mon article mais le « diagnostic en marchant » est déjà très instructif. Le soir, cinéma dans un petit mall. Le lendemain, écriture de l'article (après un japonnais, installé dans un restaurant aux standards de luxe européens, beurk), et de nouveau un cinéma, cette fois ci dans le tout nouveau grand mall du tout nouveau quartier d'affaire. Nous avons la sensation de changer de ville. Nous voilà transportés dans une forêt de gratte ciels plus fastueux les uns que les autres, le mall détenant la palme. L'immeuble, gigantesque, renferme l'incarnation (factice) de différentes villes du monde. Nous commençons à grimper les étages par des escaliers organisés autour d'un puits de lumière colossal quand soudain nous nous retrouvons à Paris. Ses ruelles avec ses ponts, ses vieilles pierres, ses enseignes toutes en rondeurs. C'est incroyable, surtout quand, après avoir marché plusieurs dizaines de mètres, nous descendons un étage et nous retrouvons au Japon avec ses jardins, ses constructions en bois ses fontaines... Et puis voilà un parc d'attraction pour enfants, puis la reconstitution d'un Chinatown avec ses lampions rouges accrochés de part en part. Arrivés au dernier étage, le cinéma et ses volumes démesurés font faces à des baies vitrées. Elles reflètent les lumières de la ville qui s'étend au delà des dizaines d'immeubles qui nous entourent. Ce temple du capitalisme est réussi, dans son genre, sans conteste. L'attrait du monument vaut les cathédrales d'antan. Ceci dit, les croyants du capitalisme, cette armée idéologique, semblent plus frénétiques et moins intéressés par leurs prochains que ceux qui ont foi en d'autres religions. Peut-être est-ce la clef du succès de celle-ci, s'appuyer sur les bas instincts plus que sur « l'amour de son prochain »? Allez savoir... 

Les multiples facettes de l'Indonésie, pays tiraillé entre différentes valeurs et religions, nous prouve qu'un pays peut abriter tout et son contraire, et cela dans l'entente la plus cordiale de ses habitants. C'est probablement l'avantage de se concentrer sur les points communs plutôt que sur les différences. On parle ici de diversité, quand la France actuelle parle de définir les valeurs uniques de son identité nationale. Des priorités qui en disent long sur la capacité à gouverner des uns et des autres...

1 commentaire:

  1. Manu, je pars pour Jakarta le 29 novembre :-)
    Ca fait rêver ton récit!

    Guillaume

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